Il est temps de vivre la vie que tu t’es imaginée!

Les vacances ont toujours été pour moi un moment particulier. On part, on découvre, et sans vraiment le décider, on se met à réfléchir. Cette année, il y a un mot qui revient plus souvent que les autres, plus doucement aussi: sérénité. Pas le bonheur, pas la réussite, pas l’équilibre au sens où je l’entendais avant. La sérénité. Et ce qui m’a frappé, c’est de découvrir à quel point on peut cocher toutes les cases qu’on s’était fixées sans qu’elle vienne pour autant.

Parce que sur le papier, l’année a été bonne. J’ai lancé ma boîte en étant full indépendant il y a bientôt un an, je facture chaque mois et j’ai bien assez de travail. Cette transition du monde politique et associatif vers le privé s’est plutôt bien passée. J’ai rencontré une tonne de nouvelles personnes, agrandi mon réseau, appris énormément, tant sur le monde de la construction que sur l’intelligence artificielle. J’ai pris ma place dans une équipe qui était parfois dubitative à l’arrivée de ce profil qui n’était pas architecte, participé à des projets passionnants, essayé d’amener l’intelligence artificielle là où on ne l’attendait pas. Une année qui semble réussie tellement elle a apporté son lot de nouveautés, d’apprentissages, de réseau.

Et pourtant. Je ne me sens pas plus serein qu’il y a un an. Les vacances passées, j’écrivais déjà sur ce besoin d’équilibre, cette envie de continuer à rêver. Un an après, la question est toujours là, intacte, presque identique. Longtemps j’ai cru que c’était une question de résultats: si j’accumule assez de preuves que ça avance, la sérénité suivra. Cette année m’a appris le contraire. Les preuves se sont accumulées. Pas elle.

Alors peut-être que le problème n’a jamais été le contenu de ma vie, mais quelque chose de plus ancien. Ces dernières semaines, une question m’a traversé plus fort que d’habitude: est-ce que je suis quelqu’un d’instable ? J’ai changé pas mal de métiers ces dernières années sans réellement trouver ma voie. Mais en la retournant dans tous les sens, je crois que ce n’est pas la bonne question. Ce n’est pas la stabilité qui me manque. C’est d’arrêter de chercher la validation dans le mouvement lui-même, dans le fait de prouver, encore et encore, que je peux réussir ailleurs, autrement.

Un ami, qui apparaît dans mes articles pour la seconde fois, se reconnaîtra-t-il, m’a dit récemment: « il est peut-être temps pour toi d’écrire ta propre histoire ». Ma coach, cette semaine: « il est peut-être temps pour toi de moins vivre à travers le regard des gens ». Deux phrases, presque la même. Et puis je pars en vacances, j’arrive à mon étape, et à l’accueil, cette phrase, comme un troisième écho: « il est temps de vivre la vie que tu t’es imaginée ». Trois fois le même message en quelques jours, ça ne s’ignore pas.

Le regard des gens, je n’y échapperai jamais complètement, et je ne suis pas certain qu’il faille vouloir y échapper. On vit dans un monde où l’approbation des autres compte, où on a besoin d’être vu, reconnu. Ce n’est pas une faiblesse, c’est humain. Mais il y a une question que je ne me suis pas assez posée jusqu’ici: l’approbation de qui, exactement ? Si la personne dont j’attends le regard ne partage pas mes valeurs, pourquoi son avis devrait-il peser autant sur ma sérénité ? Ce n’est peut-être pas d’arrêter de chercher le regard des autres qu’il s’agit. C’est de choisir plus consciemment de qui il compte.

Et il y a une chose que j’ai comprise cette année, sans doute la plus contre-intuitive: chez moi, la sérénité ne passe pas par le calme. Elle passe par la prise de risque, par le fait d’accepter de tout remettre en question, régulièrement, même quand tout semble aller bien. Une vie plan-plan ne me rendrait pas serein, elle m’angoisserait probablement plus que tout le reste. Et c’est peut-être ça, la vraie difficulté avec la sérénité: il n’y a pas de recette. Ce qui vous rend serein n’est pas ce qui me rend serein. Ce que je cherche n’est peut-être pas exactement ce que cherchait mon ami, ni ma coach, ni la personne qui m’accueille dans cette chambre d’hôte, même si leurs trois phrases sont arrivées comme un seul message. C’est peut-être pour ça que c’est si difficile à trouver: on cherche tous la même chose sous le même mot, sérénité, sans jamais chercher tout à fait la même chose.

Je ne pense pas être quelqu’un qui se ment beaucoup, vingt ans de psychanalyse, ça fait avancer, mais il reste sans doute encore quelques petites choses à régler. Savoir de qui le regard compte en fait partie.

Je sais qu’il y aura encore des chapitres à écrire, sans toujours savoir lesquels. Mais je reste convaincu que la vie, c’est avancer, et que pour moi la sérénité n’est pas le contraire du risque, elle passe par lui. Alors je vais continuer à en prendre, en donnant tout et en créant de l’impact.

Et si la sérénité n’était pas une destination qu’on atteint, mais une définition que chacun doit écrire pour lui-même?

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