Peut-on vraiment quitter la politique ? Après vingt ans d’engagement, j’ai tenté l’expérience.
D’abord militant, puis militant actif, ensuite mandataire, enfin employé du parti… La politique a toujours fait partie de moi. Aujourd’hui, je ne suis plus secrétaire fédéral du PS, mais suis-je vraiment sorti de ce monde ? Pas sûr.
Parce qu’au fond, tout est politique.
En tant que directeur d’une fédération de maisons de jeunes et fondateur d’une agence en stratégie et communication, je fais encore de la politique chaque jour. Parce que la politique, ce n’est pas seulement les partis, les élections ou les mandats. C’est un état d’esprit, une façon d’analyser, de comprendre, de questionner et d’agir. Et puis, soyons honnêtes : la politique est un virus. Une fois qu’il vous a piqué, il ne vous lâche plus.
Une décision difficile… et assumée
Beaucoup disent qu’ils ne feront pas ça toute leur vie. Mais la vérité, c’est que la politique, on la quitte rarement par choix. Souvent, c’est le citoyen qui choisit pour nous.
Moi, j’ai fait le choix de partir. Et j’en suis fier. Même si je ne suis pas dupe : beaucoup s’en sont réjouis.
J’ai toujours vu la politique autrement. Dès le début, je voulais changer les choses, dire les choses, ne pas cacher les difficultés, prendre des risques… Mais force est de constater que la politique, aujourd’hui, ce n’est plus vraiment ça.
Dans ce monde, certains ont plus besoin de montrer qu’ils font, plutôt que de faire réellement. On pense nos actions en fonction de leur impact sur les réseaux sociaux. On se travestit, on s’invente des combats « parce que ça fait bien ».
Mais au fond, est-ce uniquement un problème politique ? Qui n’a jamais posté quelque chose qui ne reflète pas totalement la réalité ? Qui n’a jamais enjolivé une situation ?
Les politiciens ne sont pas une espèce à part. Ils sont comme nous. Sauf qu’aujourd’hui, cette surcommunication est devenue un système à part entière.

La politique du buzz permanent
Pas un jour ne passe sans une polémique, un clash, une vidéo virale. On attaque tout, juste parce que c’est dit par un autre. On s’offusque de tout. On jette quelqu’un en pâture sous prétexte d’une blague maladroite. On démonte des décisions qu’on a pourtant prises collectivement.
Et le plus triste ? Ça fonctionne.
Les gens se plaignent… mais ils votent quand même pour la personne qu’ils voient le plus. Pour ce mec sympa, cette fille qui ose, pas forcément pour celui ou celle qui passe sa vie à gérer les vrais problèmes dans l’ombre.
Le jour où j’ai compris que ce monde n’était pas pour moi

En réalité, je n’ai jamais su rentrer dans ce moule. C’est étrange, car j’ai toujours vécu avec la politique. J’y suis né, j’y ai grandi, je n’ai jamais connu autre chose. Et pourtant, une fois en poste, je ne m’y suis pas reconnu.
Dès mes premiers mois d’échevin, quelque chose clochait. Certaines personnes ont tout fait pour que je ne m’y sente pas à ma place… mais soyons honnêtes : si j’avais vraiment voulu « faire carrière », j’aurais du ou j’aurais pu passer au-dessus de ça.
Toujours ce même problème : cette obsession de rester moi-même. Mais est-ce une qualité ou une faiblesse ? Peut-être un peu des deux.
Regrets ou soulagement ?
Aujourd’hui, deux mois après mon départ, je me retrouve. Je me sens bien. Est-ce que ça va me manquer ? Peut-être… mais je ne le pense pas.
Certains verront dans cet article une justification de mon départ. Oui et non.
J’ai parfois, moi aussi, montré que je faisais plutôt que de faire vraiment. J’ai parfois cédé à la tentation de la « surcommunication ». Mais je suis resté fidèle à mes valeurs.
Lors d’une discussion récemment, on m’a demandé : « As-tu des regrets ? Et si c’était à refaire. ..»
Bien sûr, on a toujours des petits regrets. Mais pas de grands.
Parce que je n’ai pas changé. Je ne me suis pas travesti. Mais je n’ai pas non plus réussi à changer les choses. Alors je pars avec un léger constat d’échec.
Si tout ceci était à refaire, dans les grandes lignes, je referais pareil.

Cela ne veut pas dire que tout était parfait, bien au contraire. Mais une chose est sûre : j’ai fait de mon mieux. J’ai fait de mon mieux avec les données et les connaissances que j’avais.
Sans doute aurais-je dû, parfois, prendre plus de recul… Mais ça, c’est le constat de toute ma vie. Le recul, ce n’est jamais mon fort. Je vis les choses, je les ressens. Parfois elles me blessent.
Mais c’est moi. Entier, comme toujours.
Vouloir changer les choses était peut-être un rêve naïf, une forme d’arrogance qui me caractérise. Mais est-ce que je regrette ? Absolument pas.

Et maintenant ?
La politique m’a fait grandir. Elle m’a tant apporté. Et je suis certain qu’elle m’apportera encore.
Mais alors, comment la faire évoluer pour qu’elle retrouve son vrai sens ?
Parce que non, la politique, ce n’est jamais fini.

