Non, tu ne rêves pas : ce n’est pas une rediffusion. Tu peux continuer à lire.
Il y a quelques mois, j’écrivais un texte sincère — comme tous finalement — sur mon besoin de sens. Cette envie profonde d’avoir un job qui te parle, que tu vis avec tes tripes.
Mais depuis quelque temps, une autre question me travaille : est-ce que j’ai un prix ?
Et, soyons honnêtes, est-ce que tout le monde en a un ?
Le jeu du “pour combien”
Avoir un prix, c’est accepter quelque chose qu’on n’aurait pas voulu faire — contre une certaine somme.
On a tous joué à ce jeu, souvent tard le soir :
“Pour combien tu ferais… ?”
Et on s’amuse à imaginer des scénarios absurdes, chacun annonçant fièrement son tarif.
Mais si on y pense vraiment, on n’a pas un prix. On en a plusieurs.
Par exemple, moi, je me suis toujours dit que même si on doublait mon salaire, jamais je n’irais travailler à Bruxelles.
Passer des heures dans les embouteillages, très peu pour moi.
Mais si on doublait mon salaire et qu’on ajoutait un chauffeur, tout à coup, la perspective change.
La même situation devient acceptable.
Jusqu’où on va pour de l’argent ?
Restons dans le domaine professionnel.
Pour combien accepterais-tu un job qui ne correspond pas à tes valeurs ?
Travailler pour une société d’armement ? Pour une marque de tabac ? Ou même pour le concurrent direct de ton entreprise actuelle ?
Et puis il y a la question qui fâche : pour combien tu trahirais ?
Ton patron ? Ton ami ?
Et pire encore : toi-même ?
Spontanément, on répond “jamais”.
Mais soyons lucides : l’humain trahit.
On a tous été trahis un jour. Et si on est honnête, on a sans doute trahi aussi — consciemment ou pas.
La seule différence, c’est le prix qu’on y met.
L’argent, les valeurs et les compromis
Certaines valeurs ne s’achètent pas, c’est vrai.
Mais l’histoire montre aussi que tout finit par avoir un prix, à un moment ou à un autre.
Parce que la réussite sociale est souvent mesurée par la réussite financière.
C’est ce qu’on nous apprend dès l’enfance.
Et chacun, un jour, connaît quelqu’un qui a accepté un poste “pour un peu plus”.
Parfois, ça nous choque. Parfois, ça nous inspire.
Mais juger est facile.
Quand on a un job stable, une famille, un diplôme, il est plus simple de refuser.
Mais quand il manque un de ces piliers, le curseur bouge.
Le prix baisse.
Et pourtant, refuser de tout accepter, même dans le besoin, reste essentiel.
Ne pas avoir de travail ne doit pas faire de toi un esclave moderne.
Et à l’inverse, se vendre trop bon marché, c’est parfois se manquer de respect.
C’est accepter de réduire sa propre valeur au regard des autres — et pire encore, à ses propres yeux.
C’est pour ça qu’il est obligatoire de se poser la question :
“Combien vaut vraiment ce que je suis ?”
Pas pour s’estimer au-dessus des autres, mais pour ne pas s’oublier soi-même.
Le vrai prix, c’est soi-même
Cette réflexion sur le prix, c’est une vraie question de vie.
Pas pour culpabiliser, mais pour être lucide.
Je sais qu’il y a des choses que je n’accepterai jamais.
Mais je sais aussi que des sommes déraisonnables pourraient me faire douter.
Parce que la vie, c’est souvent un compromis.
Une recherche d’équilibre entre ses valeurs et sa réalité.
L’important, au fond, c’est d’être en accord avec soi-même.
De se lever chaque matin en se disant : “C’était la bonne décision.”
Remettre en question ne veut pas dire tout changer.
Mais se regarder dans une glace et être fier de ce qu’on voit…
n’est-ce pas le but ultime d’une vie ?
Et si…
Et si, finalement, avoir un prix n’était pas le vrai sujet ?
Le vrai luxe, c’est peut-être de savoir où s’arrête le nôtre.

