On ne te paiera jamais assez pour te laisser emmerder

Cette phrase résonne en moi depuis des années.
C’est mon père qui me l’a dite, presque comme ça, en passant.
Et pourtant, c’est peut-être le meilleur conseil qu’on m’ait donné.

En y repensant, c’est tellement vrai.
Combien de personnes acceptent que leur travail les abîme, simplement parce que le salaire tombe à la fin du mois ?

Alors on encaisse.
Un jour une remarque désobligeante, le lendemain un collègue toxique, et le surlendemain un chef qui prend son mal-être pour modèle de management.
Et à force d’encaisser, on s’éteint.

Quand le job devient une tare

Il y a aussi ces jobs qui ne sont pas faits pour nous.
On commence avec enthousiasme, on se dit qu’on a trouvé sa voie… et puis non.

Le job devient une tare.
Rien que d’en parler, ça nous pèse.

Nous ne vivons plus à l’époque où l’on entrait dans une boîte pour y faire carrière jusqu’à la retraite.
Parfois un boulot nous correspond parfaitement, mais quelques années plus tard il ne nous parle plus.
L’envie d’évoluer est trop forte, et il faut passer à autre chose.

On connaît tous quelqu’un à qui on a déjà dit :
« Change de boulot, ça ira mieux. »
Et on connaît aussi ceux qui ne l’ont jamais fait. Ceux qui subissent.

Le poids des heures

Petit calcul :

  • 8 heures de travail par jour
  • 45 minutes de trajet quotidien
  • Quelques heures sup’ par-ci par-là

Total : 45 heures par semaine

48 semaines par an (4 de congés retirées) = 2 160 heures par an.
Sur 40 ans de carrière = 86 400 heures.

86 400 heures = presque 10 années entières de vie.

Dix ans de vie sans sortir une seule minute.
Dix ans à subir.
Dix ans à pester.
Dix ans à se laisser bouffer.

Tout ça pour quoi ?
Une voiture de société ? Un titre ronflant ? Un compte en banque qui rassure ?

La valeur travail… et ses limites

Moi, je suis quelqu’un qui met beaucoup en avant la valeur travail.
Non seulement parce qu’elle nous permet de subvenir à nos besoins — et parfois à ceux de notre famille — mais aussi parce que, dans une logique de développement personnel, travailler est essentiel.

  • C’est avoir un but, parfois même une raison d’être.
  • C’est aussi créer du lien social.
  • C’est souvent au travail qu’on rencontre sa compagne, son meilleur ami ou simplement des compagnons de route.

Mais je ne suis pas naïf. Je sais que beaucoup travaillent par obligation, sans réelle possibilité de changer.
Parce que le risque est immense : perdre son emploi, ne plus jamais en retrouver, et se retrouver pris dans ce triptyque brutal qui stigmatise encore trop :

« Chômeur = assisté = parasite »

C’est une réalité, et je ne la minimise pas.
Mais je suis aussi convaincu qu’à côté de cela, beaucoup s’enferment dans cette peur.
Ils se réfugient derrière l’idée qu’ils n’ont pas le choix.
Alors qu’au fond, ils n’osent pas.
Parce que recommencer de zéro, oui, ça fait peur.

Mon chemin

Moi, j’ai choisi autrement.
J’ai quitté plusieurs boulots.
Trois fois en gagnant moins, une fois en travaillant plus pour le même salaire.

Mon premier job : il m’a fallu presque dix ans pour retrouver le salaire qu’on m’avait proposé en sortie d’université.
Dix ans.
Et pourtant, je ne l’ai jamais regretté. Pas un seul jour.

J’ai quitté mon poste d’échevin.
J’avais tout préparé pour terminer la mandature proprement : les projets lancés, le plan de communication ficelé, la campagne prête à démarrer.
J’aurais pu faire cette dernière année en roue libre (je vois déjà Didier Albin, journaliste, écrire son article : « comme toutes les autres au fond »… Didier, du fond du cœur, je t’emmerde ! – il fallait bien que ça sorte un jour).

Mais non.
J’ai pris tout le monde de travers. J’ai postulé comme secrétaire fédéral.
Pas de perte de salaire, mais une charge de travail énorme, du stress, des égos à gérer… et un moment où, honnêtement, j’étais à deux doigts du burn-out.

Et pourtant, je ne l’ai pas regretté.

Puis, fin 2024, après les élections, j’aurais pu me poser.
Me contenter d’allumer la lampe, répondre à quelques mails, lancer deux projets par an, et vivre paisiblement pendant quatre ans.

Mais je ne pouvais plus. Je n’y croyais plus. Alors je suis parti.
Et cette fois, c’était pour gagner moins, beaucoup moins.

Une conviction

Cette maxime, je me l’applique depuis le début, et elle guide ma vie professionnelle.

J’ai vu trop de gens faire des choix uniquement guidés par leur salaire.

Ils sont malheureux, ils n’aiment pas leur vie…
Mais ils ont une belle voiture.

À quoi bon ?

On n’a qu’une vie.
Et sacrifier dix années entières dans un job qu’on déteste, c’est terrible.

Burn-out et jugement

Peut-être que ce texte résonne en vous.
Peut-être qu’il vous fait réfléchir.

En une semaine, j’ai croisé deux personnes proches et proches du burn-out.
Et croyez-moi, ce ne sont ni des fainéants ni des faibles.
Ce sont des gens solides, avec du caractère.
Mais parfois, ça craque : surcharge de travail, manque de sens, chef insupportable, ambiance pourrie.

Je l’avoue, avant d’y être confronté, j’avais du mal à comprendre.

  • « Burn-out ? Tu rigoles, elle bosse à peine… »
  • « Il a un boulot en or, t’as vu son salaire ? »

Ces réflexions, je les ai eues.
Et encore aujourd’hui, il m’arrive d’y penser.

Mais honnêtement, qui suis-je pour juger la vie des autres ?
Si quelqu’un analysait la mienne, ne dirait-il pas que je n’ai aucune raison d’être stressé ?

Une question par an

Alors, pour revenir au titre, je pense qu’on devrait tous, au moins une fois par an, se poser cette question simple : Est-ce que ça vaut encore la peine ?

Pas forcément pour démissionner.
Parfois, il suffit d’ajuster, de rééquilibrer.

Parce que c’est ça, le plus important : l’équilibre.

Ma boussole

Aujourd’hui, je ne cherche plus à être heureux à tout prix.
Je ne cherche plus à être riche (même si, soyons honnêtes, je ne dirais pas non).

Je cherche juste mon équilibre.
Et je m’appuie sur cette phrase qui est devenue ma boussole :

On ne me paiera jamais assez pour me laisser emmerder.

Et le reste suivra.

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11 Responses

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