Autriche – 16 juillet 2025
À peine arrivé en Autriche : la vue, l’appartement plutôt sympa, le calme… et ces montagnes à perte de vue. Soudain, l’envie d’écrire est là. Étonnant, ce besoin de plus en plus présent de partager mes pensées.

Depuis petit, je vois mon père le faire à chaque vacances. Et pas que. Il remplit, depuis aussi loin que je me souvienne, un carnet par an. Ces fameux carnets noirs soigneusement rangés dans une armoire… que personne n’a jamais ouverts.
Je me suis évidemment demandé ce qu’il y avait dedans. Mais je ne les ai jamais ouverts. Par pudeur sûrement — chez les Parmentier, c’est comme ça — ou peut-être parce que c’est la règle tacite : « On ne touche pas aux carnets de papa. » Peut-être aussi par peur de découvrir ce qu’il y est écrit.
Bref, je m’égare. Ce n’est pas vraiment le sujet de cet article.
Je ne suis pas encore prêt à vraiment parler de tout cela.
Écrire pour faire le point
Mais justement… c’est quoi le thème de cet article ? L’envie d’écrire ? Les vacances ? Faire le point sur une saison mouvementée ? Un peu des trois.
Quand je regarde dans le rétro, je crois avoir vécu une des saisons les plus particulières de ma vie.
De début août (oui la saison a démarré en août comme au foot) à fin janvier, j’étais secrétaire fédéral. Une période éprouvante, physiquement et nerveusement. Les élections d’octobre ont finalement été une réussite pour la Fédération PS de Charleroi. Et, sans fausse modestie, je pense que ce que j’ai eu à gérer a été fait correctement. J’ai tenté de bouger certaines lignes (avec plus ou moins de succès), d’alerter sur certains sujets (avec plus ou moins d’écoute). Et puis, j’ai décidé de partir. Parce que j’estimais que ma mission touchait à sa fin, et que le travail pour lequel j’étais bon arrivait à son terme.
Aurais-je pu être utile dans les négociations post-électorales ? Sans doute. Mais on ne me l’a pas demandé. J’y reviendrai dans un prochain article : ce que je pense de la position du PS depuis octobre 2024, et cette fameuse « fondation » de la refondation…
Je vous avais prévenus : le grand air et les montagnes, ça me booste l’écriture.

Une transition assumée
Bref, six mois intenses. Une fin que j’estime positive, mais, à vivre, ce n’était pas ouf. Et, on ne va pas se mentir, tout ça me laisse quand même un goût amer. Je suis parti, non pas dégoûté, mais déçu par la manière dont certaines choses se sont déroulées. (Et non, je ne ferai pas d’article là-dessus… j’en vois déjà certains saliver, d’autres transpirer.)
Puis, fin janvier, changement total. Je lance ma propre boîte, Impact T. Et, sur les conseils avisés de mon père (que j’ai bien fait d’écouter, comme souvent), je reprends aussi la direction de For’J, une fédération de maisons de jeunes.
J’y suis allé à reculons. J’avais l’impression de revenir en arrière. Quand je suis parti en 2018, j’avais le sentiment d’avoir fait le tour. Et puis… je me suis pris au jeu. J’ai découvert une équipe largement renouvelée. Et je crois avoir réussi à faire pivoter certains objectifs, à initier une réflexion de fond sur l’avenir du secteur jeunesse et celui de For’J.
Mon regard de consultant
J’ai pris ce poste comme une mission de consultant. En l’acceptant, je savais que ce serait temporaire. Deux ans maximum. Peut-être un an seulement.
J’ai pris le temps d’analyser (ce que j’adore), j’ai rédigé des notes (ce que j’aime encore plus), puis j’ai écrit des projets. Des projets qui, pour la plupart, n’ont pas été retenus. Oui, les vraies histoires sont parfois moins joyeuses que les films américains.
J’ai adoré cette parenthèse. Mais j’ai aussi compris que ce secteur n’était plus fait pour moi.
Sans jugement. C’est un secteur avec son propre rythme, sa propre logique. Et je ne suis pas certain qu’il soit prêt pour les défis du monde de demain.
Et pourtant, ce secteur est essentiel. Le monde des maisons de jeunes est un espace unique où chacun peut être pleinement lui-même, sans peur d’être jugé. Je suis convaincu que si la Belgique a évité certaines dérives qu’on observe ailleurs, c’est en grande partie grâce à son monde associatif riche et professionnel.

Un secteur entre fragilité et opportunité
Mais soyons honnêtes : le secteur n’est pas parfait. Y a-t-il eu du copinage ? Oui ! Y a-t-il eu du saupoudrage ? Oui ! Aujourd’hui encore, il y a trop de structures intermédiaires, trop de gens qui réfléchissent au lieu d’agir ? Oui !
Je pourrais, sans même devoir creuser, vous citer cinq associations qui ont dysfonctionné pendant des années sans que personne ne s’en rende vraiment compte. Des dysfonctionnements majeurs, des gestions limites, des jeunes qui ont déserté — et pourtant, tout cela est passé sous les radars.
Ce n’est pas une question politique. C’est une question de culture de gestion. Le secteur a 75 ans. Il a été longtemps tenu par des post-68ards qui ont trouvé là un espace pour continuer à « jouer ». Et même s’ils ne sont plus là, le pli est pris. On a hérité de leur fonctionnement, de leurs logiques, de leur posture.
Quand je suis arrivé dans le secteur en 2007, on a dérangé. On avait une formation en gestion, on pensait les MJ comme des PME sociales. On a repris des structures à l’agonie, on les a restructurées, on les a redressées. Ça n’a pas plu à tout le monde. Mais on avait des leviers. Et on est passés en force.
Aujourd’hui, je pense que les structures associatives doivent être un juste milieu. Ni PME, ni bastion figé ou utopie déconnectée. Et surtout, qu’on le dise clairement : ce secteur ne coûte pas cher à la collectivité. C’est à la fois sa plus grande menace et sa plus grande opportunité.
Parce qu’il est petit, il n’intéresse réellement personne. Aucun parti n’a de vision long terme pour lui. Dans les négos, c’est rarement le secteur qui passe en premier.
Comme il n’intéresse personne… on peut y faire ce qu’on veut. Et c’est là que parfois certains abus commencent.
Mais c’est aussi une immense opportunité. C’est justement, parce qu’il est petit, qu’il pourrait bouger plus vite. À condition de vouloir.
Un réveil possible… mais peu probable
Je suis convaincu que si le secteur prenait les devants, il pourrait se réinventer. Moins de réunions, plus d’actions. Une vraie stratégie de communication. Un média jeunes, porté par les MJ elles-mêmes. (Tiens… et si on avait eu raison trop tôt ?)
Le jour où l’on décide de mettre en lumière tout ce qui est sorti des maisons de jeunes, on sera surpris. Ce sont des écoles de danse, des collectifs, des groupes de musique, des clubs de sport, des studios, des projets artistiques, des projets d’entrepreneuriat. Des trajectoires de vie. Des centaines, des milliers de jeunes qui ont trouvé là un point de départ, un lieu de confiance.
Un de mes projets, d’ailleurs, c’est de documenter tout cela. D’aller rechercher tous ceux qui sont passés par une MJ et qui ont créé quelque chose. Et attention : « quelque chose », ce n’est pas forcément une entreprise. C’est un club, une idée, une passion, une vocation. Le secteur regorge d’histoires inspirantes.
Et pourtant… il reste fragile. Parce qu’il ne parle pas assez de lui. Parce qu’il ne se défend pas assez. Parce qu’il ne sait pas communiquer dans un monde de communication.

Ce qu’il faudrait (mais qu’on ne fera pas)
Alors qu’est-ce qu’on fait ? On crée un vrai plan ? Une task-force indépendante de 10 personnes qui redessine le secteur ? Qui connaît le terrain ? Qui est suivi à la fois par le secteur et le pouvoir subsidiant ? Oui, ce serait idéal. Mais soyons réalistes. Ce genre d’idée, dans ce secteur, aboutit toujours au même réflexe : un GT. Un groupe de travail. Puis un GT comm’, un GT réforme, un GT refonte, un GT GT…
Et rien ne change.
Et c’est pour ça que je ne suis pas optimiste. Le secteur n’est pas prêt à se remettre en question. J’aimerais tant me tromper. Mais je n’y crois plus.
Et pourtant, ça ne coûterait rien de mieux faire. De mieux utiliser l’argent. De professionnaliser la communication. D’être dans l’action plus que dans la discussion.
Et si un parti osait ?
Et peut-être, juste peut-être, qu’un parti politique pourrait porter cette réflexion. Un parti qui miserait vraiment sur la jeunesse. Un parti qui comprendrait qu’être un parti de « vieux » est rentable à court terme car ils sont fidèles et fiables dans leurs votes mais désastreux à long terme. Un parti qui imaginerait une refondation… un parti qui oserait… un parti qui ferait autre chose que se regarder le nombril et protéger son bureau et ses dirigeants.
Les Engagés, peut-être ? (OK, celle-là était gratuite. Mais je la laisse. On verra qui lit jusqu’au bout.)
Non. Ce parti devrait être le PS. Peut-être même qu’un secrétaire fédéral a écrit une note sur ce sujet fin 2024…
Peut-être que cette note est restée sans suite. Et peut-être qu’avec cette phrase, la boucle est bouclée.
Fin d’article, début de réflexion
En commençant à écrire, je ne savais pas où j’allais. Il fait nuit sur les montagnes autrichiennes, il pleut, j’ai remis un pull. C’est sans doute un de mes articles les moins organisés. Mais j’ai juste laissé mes idées sortir.

Est-ce que je vais le publier ?
Vous avez la réponse si vous êtes en train de le lire…
C’était les idées de Thomas, en direct d’Autriche. C’était amusant à écrire.
Et finalement, c’est déjà pas mal.

